Les Wildcats de Reims : anatomie d'un club en mal de notoriété

Le club des Wildcats a de bons résultats, compte 80 membres, et pourtant, personne ne sait qu'il existe. C’est tout le paradoxe du football américain, un sport peu répandu en France mais qui a toujours eu une tradition dans la cité des Sacres.

 

 

Difficile de faire du football américain à Reims...

Ils s’entraînent sur le terrain synthétique des Thiolettes derrière la piscine. Il est 21 heures. Il fait nuit noire. “N’oublie pas d’éteindre la lumière aux vestiaires pour éviter les mouches !”, lance le président Gilles Prieur, casquette vissée sur la tête à un de ses joueurs. Les mouches, comprenez par là, les voleurs. “Heureusement, ici on n’a jamais eu de problèmes encore”, précise Gilles qui se lance alors dans le récit de la seule fois où le club a été victime d’un vol. C’était lors d’un match en déplacement. Au retour des vestiaires, les fenêtres avaient été brisées, les objets de valeur, téléphones, montres etc. avaient disparu.

Toutefois, ce qui coûte le plus cher au foot américain ne se trouve pas dans les sac-à-dos qui restent aux vestiaires. Non ce qui coûte le plus cher, les joueurs le portent sur eux, il s'agit de l'équipement qui comprend la tenue évidemment, le casque mais aussi de nombreuses protections.

 

Les pantalons de matches, on les a créés nous-mêmes, la couleur, la tissu etc. et c’est la seule chose que les joueurs sont obligés d’acheter” précise le président. 

 

 

 

 

  

 

Charles nous présente l'équipement du footballeur américain

INCONNUS AU BATAILLON

 

Clément alias “Pepito” est running back. Après dix ans de handball, il cherchait un autre sport collectif à pratiquer. “J’ai fait un essai, puis deux et je me suis piqué au jeu. C’est un sport où la tactique est très importante et je me suis fait de vrais amis.

Un vrai groupe, un sport très visuel mais une aura proche du néant. Pourtant, les résultats des Wildcats sont plus qu’honorables avec six matches gagnés pour trois défaites dans le championnat régional en senior cette saison. Les juniors inscrits dans le championnat national en jeu à 11 s’en sortent un peu moins bien mais là n’est pas vraiment le problème. Le souci, c’est la notoriété du sport et du club.

 

Jour de match pour les Wildcats

JAGUAR, CATS, KINGS...

 

A chaque fois que l’on fait une animation, c’est toujours la même remarque qui revient", se plaint Gilles “Ah bon, il y a du football américain à Reims ?” Soupirs de lassitude du président. Le foot us a une longue tradition dans la cité des Sacres. Cela fait 30 ans qu’il y a du football américain à Reims”, et pourtant certains habitants ne le savent pas.

Le premier club, Les Jaguars, a déposé le bilan après le départ abrupt de son président. Il y a eu ensuite Les Kings qui dans leur cinquième année ont explosé en vol. Les Cats Flag Football se sont alors créé en 2009. Au début, recentrés sur le flag, le club s’est élargi à toutes les pratiques liées au football américain en devenant Les Wildcats football américain et sports associés de Reims en 2010.

 

Le club compte près de 100 licenciés pour 80 membres** : 40 juniors, 15 cadets, 23 seniors, 4 coaches, 11 arbitres fédéraux. Même Gilles s’y est mis, par la force des choses.

La fédération nous oblige à avoir 2 arbitres club par match et un arbitre régional, c’est-à-dire le niveau supérieur”. GIlles, qui n’y connaissait rien et est venu au football américain en accompagnant son fils s’est donc pris au jeu. Il est maintenant incollable et nous commente même les différentes phases de l’entraînement dans la vidéo ci-dessous.

 

Comment se déroule un entraînement ?

LE CULTE DU STADE DE REIMS

 

Le football US reste cependant un sport mineur en ville. “C’est vrai que ce n’est pas très commun” sourit Clément. Ici, on mange, on respire Rouge et Blanc et pas vraiment bleu et vert. Avec 30 clubs de football dans la ville, impossible de passer à côté du ballon rond, surtout avec un porte étendard de l’envergure du Stade de Reims. Le club rouge et blanc comptait 262 joueurs pour la saison 2014-2015 dont 69 jeunes au centre de formation et 34 joueuses dans la section féminine. Forcément, ça joue.

Stéphane Lang, conseiller Municipal délégué aux relations avec les associations sportives ne le nie pas : “C’est vrai que la Ligue 1 est importante. Il y a une histoire exceptionnelle avec le football à Reims, ici c’est culturel”.

Même si la mairie prône le mutualisation des clubs pour rentabiliser l'utilisation de certains équipements, la diversité de l’offre sportive (douze clubs d’arts martiaux, six clubs de gymnastique…), fait partie intégrante de l’image de marque de la ville. 

“Reims est une métropole. Il est très important que l’on ait une offre sportive diversifiée pour que les nouveaux habitants qui s’installent puissent avoir le choix. Même si le football américain n’est pas un sport hyper populaire, il est normal qu’ils puissent pratiquer. Nous leur cherchons un terrain mais ce n’est pas facile à cause des distances et du traçage qui est spécifique.”

La mairie penche pour les installer aux Églantines où est déjà présent le Baseball.

 

"Le football à Reims, c'est culturel", Stéphane Lange, conseiller Municipal délégué aux relations avec les associations sportives

COMMENT FAIRE POUR EXISTER ?

 

On fait ce qu’on peut ! Dès qu’il y a une manifestation en ville, on essaie d’y participer, lance Gilles Prieur. On fait Vital’Eté, les 100 ans de la Croix Rouge Française. On a aussi participé à la semaine américaine à Fismes où l’on a fait un match." 

Sans conteste, le moment qui leur offre le plus de visibilité est leur participation au 10 km du RATJ. Tous les ans, les Wildcats galèrent à finir la course, harnachés de tout leur équipement. Les passants se délectent du spectacle mais n'hésitent pas à les encourager. Un coup de pub gagnant qui demande bien des efforts nous explique Charles : “C’est plus facile de courir sur un terrain avec l’équipement que sur une vraie course. Pour le RATJ, c’est pas pratique, mais on le fait pour la forme et pour le côté humoristique. C’est marrant de voir une équipe de football américain au milieu de joggeurs.

 

 Les Wildcats lors du 30e RATJ

Mis à part ces opérations grand public, le club peine à communiquer sur d'autres supports. Gilles aimerait bien faire plus mais la communication n’est pas son cœur de métier. Le président est diagnostiqueur immobilier dans la vraie vie. Difficile de s'improviser RP. Un peu découragé Gilles préfère penser à autre chose et positiver. “Moi ce que je veux, c’est que le club fonctionne et qu’il y ait 40 gamins qui entrent et sortent du terrain avec la banane.”

 

“Moi ce que je veux, c’est que le club fonctionne et qu’il y ait 40 gamins qui entrent et sortent du terrain avec la banane.” GILLES PRIEUR

NOTES

  • 100 licenciés. Parmi eux certains ont plusieurs licences. Les coaches ont leur licence d’arbitre, de coach mais aussi de joueur. Le président du club a sa licence d’arbitre. Donc l’effectif global du club se porte à 80 personnes.

  • Pour ceux qui arrivent en cours de saison, le prix de la licence club est “soldée” à 50%.

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