Mélanie Chaluleau
Retour sur l'exposition "Mayas, révélation d'un temps sans fin"

Les expositions sur les civilisations précolombiennes connaissent toujours autant de succès. Celle que présente le Musée du Quai Branly du 7 octobre 2014 au 8 février 2015, ne déroge pas à la règle. Intitulée "Mayas, révélation d'un temps sans fin", elle propose de découvrir 385 œuvres. Plongeons-nous dedans ! 

 

Mélanie Chaluleau

L'exposition s'ouvre sur une frise chronologique retraçant et juxtaposant les différentes civilisations ayant cohabité au Mexique.

  • Les MAYAS sur trois périodes

Pré-classique : 1500 AV JC > 250 AP JC

Classique : 250 AP JC > 900 AP JC

Post-classique : 900 AP JC > 1500 AP JC

 

  • Les OLMEQUES : 1800 AV JC > 400 AV JC

 

  • TEOTIHUACAN : 100 AV JC > 1150 AP JC

 

  • Les AZTEQUES : 1325 AP JC > 1521 AP JC

 

En parallèle, la frise superpose les principales cités dont traite l'exposition à l'exception notable de Tonina, pourtant surreprésentée au niveau des pièces de l'exposition. Un oubli ? Une erreur ? En tout cas, c'est dommageable.


 

CONSEIL. Vous avez jusqu'au 8 février 2015 pour faire l'exposition. Évitez d'y aller entre 12 heures et 14 heures, elle est prise d'assaut. Privilégiez les nocturnes, beaucoup plus tranquilles.


 

CHEMINEMENT. L'exposition est découpée en 8 salles, chacune ayant un thème propre. On s'y perd un peu. C'est parfois fouillis, notamment la salle 5 "Le cœur des cités". Il est difficile de comprendre l'unité entre toutes les pièces assez disparates. 

 

SALLE 1 : L'HOMME ET LA NATURE
Les principales cités mayas sont établies dans la jungle. Les animaux étaient dotés d'une âme selon leurs croyances. Ils sont donc largement représentés dans l'art maya.

Dans cette salle, on trouve beaucoup de représentations zoomorphes, notamment une écuelle à tête de jaguar trouvée à Becan (Campeche, 205-600 av JC).

Ecuelle à tête de jaguar

L'autre pièce phare, c'est la minuscule grenouille en or et aux yeux de turquoise découverte à Chichen Itza. 

Grenouille en or et turquoise

Plus loin, une tête de pélican en stuc, fixée à un mur face à vous, vous regarde. Dans l'une des vitrines, de nombreuses poteries (un lapin, une langouste), mais aussi une pièce très connue et particulièrement belle, un encensoir figurant une personne anthropomorphe qui tient entre ses mains des alvéoles où naissent les abeilles. Cette statuette vient de Cozumel (Quintana Roo, 1250-1550 ap JC).

Encensoir

SALLE 2 : SOCIÉTÉ ET VIE QUOTIDIENNE
Les Mayas étaient un peuple guerrier. Chaque cité se faisait la guerre. Ils étaient aussi très organisés avec des rôles et des castes biens établies.

On entre dans le vif du sujet avec les gravures de prisonniers en provenance de Tonina. Cette cité, nichée au cœur du Chiapas était en guerre perpétuelle avec Palenque distante de 126 km. L'un des hauts dignitaires de Palenque, Kan-Xul II, fut d'ailleurs capturé et tué à Tonina.

// Petit aparté, si vous allez au Mexique, n'hésitez pas à sortir des sentiers battus pour aller visiter Tonina. Avec sa pyramide de 75 mètres divisée en 7 niveaux et ses nombreuses gravures, notamment celle d'un codex représentant les 4 soleils, la cité vaut vraiment le détour.//

 

Gravure provenant de Tonina
Source: Mélanie Chaluleau

C'est dans cette salle aussi que l'on retrouve des représentations en poterie de la vie de tous les jours et des habitants : un noble, une femme âgée et surtout, une tisseuse.

La figurine -minuscule- vient de Jaina (Campeche, 600-900 ap JC). A la base, il s'agit d'un sifflet, mais c'est fou de voir cette statuette, tous les détails qui la composent. C'est du travail d'orfèvre. Ce qui est d'autant plus surprenant, c'est que de nos jours, cet art du tissage est toujours d'actualité.

Zinacantán, dans la montage au-dessus de San Cristobal de las Casas dans le Chiapas, les femmes utilisent toujours ces métiers à tisser d'antan, comme celui représenté sur cette poterie datant d'avant Jésus Christ. 

 

Figurine représentant une tisseuse
Source: Mélanie Chaluleau
Figurine représentant une tisseuse
Source: Mélanie Chaluleau
SALLE 3 : L'HOMME, LE TEMPS, LES ASTRES
Les Mayas avaient développé des connaissances en astronomie. Ils étaient capable de calculer le temps qui passe et avaient leur propre système de calcul.

On est comme hypnotisé par les trois disques de taille gigantesque qui ornent un des murs. Là encore, il s'agit de trois pièces qui proviennent de Tonina. Ils étaient utilisés comme calendriers. 

 

Disque central. Les trois disques présentés servaient de calendrier, Tonina (Chiapas)
Source: Mélanie Chaluleau
Les trois disques présentés servaient de calendrier, Tonina (Chiapas).
Source: Mélanie Chaluleau

Dans cette même salle, des stèles venant de différentes cités indiquent le temps et des dates précises au travers de glyphes. C'est le cas, par exemple, de celle venant de Yaxchilan.

Gros plan d

Beaucoup de plats sont exposés dans les vitrines. Ils représentent le monde, la terre selon les mayas...

 

SALLE 4 : LE CŒUR DES CITES
Les villes mayas sont la plupart du temps construites autour d'une pyramide surplombée d'un lieu de culte, de maisons et palais royaux et d'habitations. Elles sont souvent ornées de somptueuses statues.

A gauche, la reine d'Uxmal, à droite un des anneaux du jeu de balle de Chichen Itza. Le rapport entre les deux pièces ? La symbolique peut-être ?

Alors que la reine d'Uxmal -qui est en fait un homme- représente symboliquement une personne se faisant avaler par un boa avant d'être régurgitée et de devenir chamane, l'anneau du jeu de balle en soi ne représente rien. C'est le jeu de balle qui prend des accents métaphoriques. Le vaincu (à Chichen Itza) ou le vainqueur (à Tonina), était exécuté et son sang servait à satisfaire les dieux. Dans l'histoire maya et plus particulièrement le livre sacré, le Popol Vuh, le jeu de balle est aussi associé aux deux jumeaux Hunhunahpú et Vucub Hunahpú.

La reine d'Uxmal, Uxmal (Ycatan)
Source: Mélanie Chaluleau
Anneau du jeu de balle, Chichen Itza (Yucatan)
Source: Mélanie Chaluleau

Comme je le disais en introduction, j'ai du mal à saisir l'unité de cette salle. Les représentations d'Atlantes sont posées à côté de crânes, serpents, colonnes sculptées...

La tête du roi Kabah (600-900 ap JC) vaut cependant le détour. 

 

SALLE 5 : LES ÉLITES GOUVERNANTES ET LEUR HISTORIOGRAPHIE

Encore énormément de pièces en provenance de Tonina, notamment le monument 146, une sculpture de K'inich Chapat, 8e roi de Tonina. Sa coiffe représente le dieu solaire. Le monument a été érigé le 17 mai 787 ap JC.

K

Dans le reste de la salle, des vases sur lesquels sont dessinées des scènes de la vie quotidienne, de la vie dans les palais etc. Exemple : le vase pellicier (provenance inconnue) où est peinte une scène de banquet. 

Vase

Au fond de la salle, des ornements en jade -magnifiques- qui devaient appartenir à des membres de la haute société sont présentés. 

Collier de jade

 

SALLE 6 : LES FORCES SACREES
Les dieux revêtaient une importance capitale dans les croyances mayas. Ils étaient représentés sous la forme d'êtres mi-hommes, mi-animaux.

Et là... Mis à part le panneau explicatif des principaux dieux mayas au début, le reste des pièces est, là encore, incompréhensible. 

Seule oeuvre à sortir du lot, sans pour autant rentrer dans la thématique, une superbe figurine de femme de Jaina (Campeche). Très bien conservée, la statuette présente encore du bleu, la couleur la plus utilisée par les mayas avec le rouge. 

Statuette de femme

SALLE 7 : L'HOMME FACE AU DIVIN, LES RITES
Les mayas avaient tout une série de rites pour satisfaire les dieux. Parmi eux, les sacrifices et les dons d'offrandes. Les chamanes, censés communiquer directement avec les dieux étaient capables de guérir les maladies.

On débouche sur l'un des Chac Mool de Chichen Itza (900-1250 ap JC). Il subsiste encore un peu de couleur et sa particularité est d'avoir une tête articulée. Les Chac Mool, toujours représentés couchés avec la tête de côté et les mains jointes sur le haut du corps, étaient censés recevoir des offrandes pour les dieux. 

On retrouve ces statues un peu partout dans les sites mayas yucatèques. 

Chac Mool, CHichen Itza (Yacatan)

J'adooooooooooooore les Chac Mool.

Un pan de mur est consacré au jeu de balle avec une grande fresque venant (encore !) de Tonina. Mais on s'interroge : pourquoi voir à nouveau des encensoirs ou des figurines de guerrier ? Et pourquoi nous reparler du jeu de balle alors que l'anneau du jeu de pelota de Chichen Itza figurait à l'entrée de la salle n°4 ? Certes, on avance dans la thématique, mais les pièces sont en fait les mêmes que dans les salles précédentes. 

 

Figurine d'un guerrier, Jaina (Campeche)
Source: Mélanie Chaluleau
Dirigeant en train de prononcer un discours ou exécuter un rite chamanique
Source: Mélanie Chaluleau
SALLE 8 : ENTRER DANS LE CHEMIN : LES RITES FUNERAIRES
La mort était célébrée chez les mayas. Les corps des dirigeants étaient enterrées avec de nombreuses offrandes, toutes plus belles les unes que les autres.

Changement d'ambiance pour conclure l'exposition. On se retrouve dans le noir. Dans cette ultime salle sont présentés les objets trouvés dans des sépultures. C'est le clou du spectacle si l'on peut dire. Les masques de jade sont évidemment très impressionnants de part leur conservation et le travail qu'ils ont demandé à la confection. 

La plupart des colliers, en jade et coquillages viennent de Calakmul (Campeche, 600-900 ap JC). C'est là qu'ont été découverts l'essentiel des masques de jade. Petit bémol, il manque celui de Pakal (Palenque), qui avait été présenté lors d'une exposition à la Pinacothèque de Paris en 2012. 


 

CONCLUSION. J'ai fait deux fois l'exposition. La première fois, j'ai découvert, apprécié. La seconde fois, plus critique et carnet à la main pour prendre des notes. Je suis mitigée. D'une part, certaines pièces présentées sont vraiment exceptionnelles et en même temps, c'est comme je l'écrivais au début assez fouillis. 

Je ne peux que vous conseiller d'y aller pour vous faire votre propre avis. Et surtout, appréciez ces pièces, parce que vous ne les verrez pas sur les sites au Mexique ! La plupart ont été remplacées par des copies pour éviter toute dégradation. 


 

Présentation officielle de l'exposition
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